Fragmentation mondiale et fin de l’euro

Temps de lecture : 6 minutes

Chère lectrice, cher lecteur,

Au sortir de la pandémie, l’économie mondiale était déjà exsangue…

Mais les promesses de résilience nous faisaient tenir.

Surtout, nous étions tous – ou presque – dans le même bateau.

À de rares exceptions, le virus n’a épargné aucune économie. On pouvait presque trouver une forme d’équilibre dans la pagaille.

La preuve en est, aucune des grandes monnaies (l’euro, le dollar, le yuan, le yen… ) ne s’est écroulée comparativement aux autres. Parce qu’aucune grande puissance ne semblait plus fragile qu’une autre : le virus nous a tous affaiblis.

Or, depuis fin 2021, ce n’est plus pareil.

Il y a les pays qui rebondissent et ceux qui ne décollent pas.

Ceux qui contrôlent leur inflation et ceux qu’elle met à terre.

Les producteurs de matières premières et ceux qui en importent

Ajoutez à ça une nouvelle-simili-guerre-pas-si-froide-que-ça… avec les « gentils » occidentaux vs l’axe sino-russe, des poudrières en Ukraine et à Taïwan, des tensions entre pays du même bloc…

Et vous avez le nouveau normal : un monde où tout déconne.

Le covid a élargi en silence les fissures dans nos économies. L’inflation et l’Ukraine ont tout fait péter.

Aujourd’hui, je vous explique pourquoi l’Europe n’est pas les USA, et comment les récentes crises ont rebattu les cartes – au point de mettre en péril la survie de grands ensembles, à commencer par l’Union Européenne.

Pourquoi l’Europe n’est pas les USA

« Aux US, tout est plus grand ».

C’est l’image d’Épinal qu’on a tous : grosses voitures, immenses tours, et grands espaces.

C’est peut-être un peu cliché… mais d’un sens, les clichés sont la sagesse séculaire et collective des hommes.

Or, dans la situation qui nous occupe, le cliché s’avère juste : les US ont connu une énorme flambée des cas covid, amorcé un plan de relance gargantuesque (doublement de la masse monétaire en 2 ans !), et souffert d’une inflation plus forte qu’en Europe… Tout, en plus grand.

Et quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que les États-Unis sont dans une situation plus enviable que la nôtre – malgré leurs failles, bien sûr.

D’abord leur inflation plus forte pour l’instant n’est pas, contrairement à ce qu’on imagine, uniquement liée à l’impression monétaire.

C’est la contrepartie d’une économie plus vigoureuse qu’en Europe, avec un taux d’emploi bien plus élevé.

La hausse des prix va être rapide et violente, mais elle sera probablement plus courte car les USA sont compétitifs – ce qui se traduit par un dollar qui monte face aux autres monnaies, euro en tête.

Par ailleurs, les US ont de l’avance sur 2 sujets stratégiques devenus cruciaux :

  • L’indépendance énergétique
  • Les capacités militaires

Dans un monde qui se fracture et où le repli sur soi devient la norme, mieux vaut ne pas compter sur les autres pour se chauffer… et être armé n’a plus rien de superflu.

En résumé, les USA cumulent les avantages sur nous :

  • La FED a mis un tour de vis sur les taux d’intérêt au bon moment et sans trembler. Je vous explique dans un instant pourquoi la BCE ne l’a pas fait.
  • L’inflation est liée à la création monétaire, mais aussi le symptôme d’une économie vigoureuse (revoir mon article sur la psychologie de l’inflation) et compétitive… ce qui n’est pas notre cas : les fondamentaux économiques européens sont bien plus branlants.
  • Les USA sont autonomes en hydrocarbures, contrairement à nous. Leur inflation ne va donc pas exploser à cause des prix de l’énergie. L’Europe, dépendante de la Russie, souffre beaucoup plus du conflit en Ukraine et des sanctions qui ont suivi.
  • Le conflit, justement, n’a pas lieu juste à côté de chez eux. Cela peut paraître anecdotique à l’heure des guerres mondialisées et des missiles longue portée, mais c’est quand même important, tant au niveau du risque d’escalade régionale que concernant la sécurité des infrastructures, la confiance des investisseurs, le contrôle des flux migratoires…

Je pourrais continuer la liste encore un moment, mais tout ceci est synthétisé et symbolisé dans l’évolution de la paire EUR/USD.

L’euro est au plus bas depuis 20 ans face au dollar, et nous ne sommes qu’à quelques encablures de la parité. La courbe sur 5 ans est déjà éloquente :

Mais attendez : ce n’est pas tout. Rendons-nous un instant au chevet de l’Europe.

L’Euro, terminado ?

On entend souvent que la baisse d’une monnaie rend les exportations plus compétitives… et donc, que ça n’est pas juste une mauvaise nouvelle.

Sur le papier, OK… Mais il faut garder à l’esprit que beaucoup de nos exportations sont libellées en dollars, LA monnaie du commerce international. Donc on s’en fout.

Historiquement, la baisse de l’euro n’a jamais fait remonter la balance commerciale française, et ça n’est pas près d’arriver.

Car dans le même temps, notre compétitivité et notre leadership sur certains secteurs de pointe (armement, aéronautique) s’érode petit à petit…

Je ne vais pas vous rappeler la crise des sous-marins avec l’Australie, ça remuerait trop le couteau dans la plaie.  Pensez plutôt à nos voisins suisses, qui boudent le Rafale et préfèrent acheter des avions de chasse américains.

Donc, premier point : l’euro qui tombe n’est pas une bonne nouvelle.

Deuxième point, l’inflation : depuis mai, nous sommes officiellement passés devant les États-Unis, à 8,8% sur 12 mois glissants.

Le dernier rapport du FMI anticipe une inflation à 12% en zone euro dans les mois qui arrivent. C’est monstrueux. Si vous vous rappelez ce que disaient Le Maire ou Von der Leyen sur l’inflation « sous contrôle » et « temporaire », c’est encore plus inquiétant : on parlait d’avions un peu plus haut… ici on se demande, s’il y a encore un pilote pour driver l’Europe.

Il faut dire qu’ici, on a le pire des deux mondes : une inflation violente et une récession économique qui guette… car arrêtons de nous mentir : nous n’avons pas, à l’heure actuelle, la capacité de rebond de l’économie américaine.

Pour ceux qui se demandent pourquoi j’investis en priorité au NASDAQ, vous avez la réponse…

Mais poursuivons : la FED a remonté les taux pour faire retomber l’inflation, consciente que l’économie US allait souffrir mais pas mourir.

OK, et en Europe ? Cette brave Christine Lagarde, dont vous savez l’amour que j’ai pour elle, se démène avec des explications toujours plus lunaires pour expliquer l’inaction de la BCE…

Alors que la situation est simple : nous avons une monnaie unique pour 19 pays. 19 situations différentes, mais schématiquement, deux camps :

  • L’Europe du Nord, qui sait (à peu près) gérer ses finances
  • L’Europe du Sud, qui jette le pognon par les fenêtres

Ce qui veut dire que tout le monde n’a pas intérêt à la même chose.

Si la BCE veut endiguer l’inflation et garder un euro fort, souhait de l’Europe du Nord (et surtout de l’Allemagne, traumatisée par l’hyperinflation de Weimar au siècle dernier), il faut monter les taux.

Si les taux montent, les pays les plus endettées (Europe du Sud) seront soumis à un risque d’échappement de la dette, et donc de faillite.

Or si un pays de la zone euro fait faillite, tout le monde va trinquer. L’euro sera tout suite nettement moins enviable…

Conclusion : la BCE est écartelée entre l’Europe du Nord, rigoureuse, qui a encore de la marge de manœuvre pour encaisser une hausse des taux… et l’Europe du Sud, qui pourrait couler en cas de hausse des taux mais qui voudrait bien qu’on renfloue sa dette.

Le problème, c’est que trop d’inflation pourrait couler l’euro, mais que des taux trop élevés aussi… et que pour lutter contre l’inflation, il faudrait monter les taux.

Je ne vais pas en remettre une couche sur la crise énergétique en Europe, qui fragilise même les meilleurs élèves comme l’Allemagne, dont la balance commerciale est déficitaire pour la première fois depuis 1991… Mais vous avez compris.

Et dans le reste du monde ?

L’écart se creuse entre UE et USA.

L’écart se creuse entre pays de la zone euro.

L’écart se creuse entre les plus riches et les plus démunis dans chaque pays.

Et à l’échelle mondiale, tout n’est que variations sur le même thème, celui de la fragmentation.

C’est le nouveau mot à la mode.

La fragmentation, ça n’est pas la fin de la mondialisation… disons que sans un sérieux coup de barre, c’est le début de la fin.

La Russie se tourne vers la Chine et l’Inde pour ses exportations.

On peine à lire l’état des économies russe et chinoise.

La Chine semblait mal en point, plombée par sa politique anti-covid ultra rigoureuse et le séisme Evergrande fin 2021. Mais Xi Jinping semble changer de cap pour permettre à son économie de rebondir.

Le rouble monte. Nous n’avons « coulé » les Russes comme certains va-t’en-guerre de salon nous le disaient. L’économie russe est en contrastes, car elle a trouvé des débouchés pour ses hydrocarbures côté Indien et Chinois… mais son secteur industriel souffre des sanctions et du manque de composants.

Enfin, concernant l’histoire du défaut de paiement sur la dette russe, tout est à éclaircir.

Les Russes assurent avoir payé, mais que « de tierces parties » auraient bloqué le paiement. De nombreux analystes s’accordent à dire que la Russie a les moyens de payer.

Nous sommes dans un billard à plusieurs bandes : non seulement les relations internationales se fragmentent et nos économies se lézardent, mais l’information elle-même varie d’un média à l’autre, d’un bout du monde à l’autre, dans des proportions inédites.

Quand on additionne les aberrations économiques qu’on voit partout (par exemple, voir l’Europe acheter du pétrole à l’Inde, que celle-ci a acheté aux Russes…), et les incohérences médiatiques sur tous les sujets ou presque, un seul constat s’impose :

Nous ne sommes plus à l’ère de la post-vérité, comme on disait en 2016… mais à celle du post-réel, une hallucination collective dont la question n’est pas si, mais comment elle prendra fin.

Que faut-il faire dans ce contexte ? Rien n’est clair, sinon que le système monétaire actuel risque de changer du tout au tout.

Dans ce contexte, la nouvelle économie portée par la blockchain et ses programmes immuables fait office de Terre Promise face aux irrationalités humaines qui nous ont menés au bord du précipice.

C’est le cas notamment de ce projet crypto, qui amorce une nouvelle étape dans l’adoption massive de la blockchain. Sa technologie ouvre la porte à rien de moins que la Fin des banques. Je vous explique tout ici.

Amicalement,

Marc Schneider

PS : je sais que le ton de ce mail est pessimiste. Mais ne vous trompez pas : il va y avoir du mouvement, c’est clair. De la casse aussi. Mais tout n’est pas noir et d’énormes opportunités se cachent parmi le chaos.

Notre mission chez Argo, c’est de vous aider à naviguer sur une mer démontée – et nous ferons tout pour vous mener à bon port.

La Lettre Argo Éditions

Inscrivez-vous et recevez en cadeau le dossier « Acheter ma première action »

Recevez ma lettre gratuite

Politique de confidentialité
4 1 vote
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
7 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Adrien Salvatori
Adrien Salvatori
1 mois il y a

tout ce que vs avez écrit est malheureusement vrai

Adam Jean-Louis
Adam Jean-Louis
1 mois il y a

Bonjour, tout à fait d’accord sur votre analyse objective. 2 remarques cependant.:
1- Il a bon dos le virus mais il n’y est pour rien. Il n’a été qu’un prétexte pour bon nombre de gouvernement pour mettre en place une politique sanitaire contraignante et répressive avec son lot de mesure restrictives. Une occasion pour affermir le contrôle du peuple. Ce sont ces réactions qui ont causé la crise des pays occidentaux et alignés.
2- A bien y regarder ce sont toujours les plus grands investisseurs et financiers privés ou publics toujours plus avides qui contrôlent le jeu et qui profitent de la situation.
Cordialement

Charlotte
Charlotte
1 mois il y a

Merci pour cette analyse lucide et honnête

Leroy
Leroy
1 mois il y a

Superbe analyse! Bravo! les médias et politiques continuent de leur côté à manipuler les gens… en cachant ces sombres perspectives.

boulard
boulard
1 mois il y a

vous oubliez de dire que le capitalisme se sauvera encore une fois
avec la troisième guerre mondiale; qui je crois et déjà en préparation
très avancé.

DIDIER
DIDIER
1 mois il y a

Analyse très intéressante. Bravo

Christian Alexandre
Christian Alexandre
1 mois il y a

C est bien beau la cripto mais il faut connaître ça Ça prend toute pour connaître le roulements de l argent. Comment faire pour y voir claire pour transformer la crypto en argent. Quand on est assi sur une mine comment on fait si on ne voit pas la capacité de déboucher de la mine. Question est-ce on peux acheter de l argent avec la blockchain de l or etc. J en sais pas assez pour risqué une fortune. Question! Sur un portefeuille de 200000 combien tu mètrerais dans la blockchain merci de me renseigner.