Comprendre la psychologie de l’inflation

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Chère lectrice, cher lecteur,

En février 2022, l’inflation aux US a crevé le plafond : 8% de hausse des prix par rapport à février 2021…

Pour les plus précaires, c’est extrêmement violent. Quand chaque dollar compte, vous ne pouvez pas perdre 8% de pouvoir d’achat sans renoncer à des dépenses essentielles.

Et ne vous méprenez surtout pas : pour ça comme pour le reste, les USA ont quelques mois/années d’avance – mais ça arrive chez nous.

L’inflation est déjà là, dans les supermarchés… juste un peu moins voyante. Elle gonfle discrètement, mais comme aux USA, elle se chargera d’appauvrir tous ceux qu’elle peut atteindre.

Tout le monde veut sauver sa peau

Je suis tombé ce week-end sur quelques statistiques éloquentes :

  • 57% des Américains disent que leurs salaires ne suivent pas du tout la hausse de l’inflation
  • 45% des Américains veulent changer de travail, critère #1 : un meilleur salaire
  • 51% des entreprises annoncent vouloir monter leurs prix dans les mois à venir

Or, tout ceci prépare le terrain pour un phénomène surprenant, qui achève de nous convaincre que l’économie n’est pas une science aussi dure et rationnelle qu’on aimerait nous le faire croire.

Ce phénomène, c’est ce qu’on appelle la psychologie inflationniste. Ou comment, en voulant éviter l’inflation pour soi, on finit par la renforcer.

Ce qui se passe est extrêmement simple :

  • Les consommateurs accélèrent leurs achats (par peur que les prix grimpent)
  • Les salariés poussent pour gagner plus (pour maintenir leur pouvoir d’achat)
  • Les entreprises montent leurs prix (car elles anticipent une hausse des coûts)

Or, ces mesures de précaution individuelle sont en réalité des catalyseurs à inflation : puisque l’argent vaut moins, tout le monde en veut davantage… et comme tout le monde en veut davantage pour garder le même niveau de vie, l’argent vaut moins – car à l’échelle d’un ménage ou d’une entreprise, personne ne veut payer le prix de l’inflation.

Personne ne veut voir son niveau de vie tomber. Mais il faudra pourtant bien que quelqu’un paie – souvent les plus pauvres – car tous ceux qui s’agitent ne font qu’amplifier le phénomène en voulant y échapper. Et très peu y échapperont vraiment.

C’est un peu comme les sables mouvants : plus on bouge, plus on fragilise l’argile (car le sable mouvant est un mélange de sable, d’argile et d’eau) et plus l’on s’enfonce.

Mais avant de détailler cette relation psychologie inflationniste => hausse de l’inflation, revenons brièvement aux origines de la crise.

Pourquoi l’inflation explose-t-elle ?

Je ne vais pas dérouler un long exposé d’économie, rassurez-vous… mais pour investir intelligemment, avoir une vue d’ensemble, même synthétique, est indispensable.

Les économistes s’accordent tous sur ces 3 causes de l’inflation :

  • Les problèmes logistiques et les pénuries pendant la pandémie : beaucoup d’entreprises ont fermé et les chaînes logistiques ont eu du mal à suivre au fil des restrictions et confinements successifs. Les productions de biens et services ont été mises à mal, cette production déréglée a fait grimper les coûts
  • Une demande plus haute que prévue : le « quoi qu’il en coûte », le soutien à l’économie et le rebond du marché du travail a fait monter les dépenses des ménages qui ont voulu consommer plus que ce que la production encore fragile ne pouvait leur donner
  • La guerre en Ukraine : les prix de l’énergie explosent, et les matières premières agricoles suivent car l’Ukraine est un producteur important

Pour corriger le tir, certains experts proposent d’exercer un contrôle accru sur les marchés, de recourir aux rationnements le temps de rééquilibrer la chaîne de production, et de poursuivre hausse des taux d’intérêts. Le tout, bien sûr, en négociant la paix en Ukraine.

Si vous voulez mon avis, il ne faut pas attendre ce genre de choses de la part de l’État, pour deux raisons au moins :

  • D’abord, ce sont des incapables, les deux années que nous venons de vivres ont définitivement achevé de m’en convaincre. La régulation, même si elle part d’intentions louables, finit toujours par « casser » quelque chose. Elle n’est jamais exercée strictement ni correctement, et surtout, elle fait fi de ce qu’on estd’ailleurs, les USA ont testé dans les années 70, sans succès.
  • Ensuite, ça fait beaucoup d’intervention, donc un risque accru de dérive autoritaire… car vous savez que les libertés qu’emprunte l’État pour cause de crise et d’impérieuse nécessité, souvent oublie-t-il de les rendre.

Il n’y a donc pas de solution miracle…

… et c’est là que la psychologie inflationniste joue à plein !

Puisqu’il faudra payer, tous les acteurs veulent sauver leur peau, ne pas être le dindon de la farce.

C’est ainsi que les travailleurs demandent des augmentations pour se couvrir face à la hausse des prix, que les ménages accélèrent leurs achats (électroménager, équipements, véhicules) et que les entreprises montent leurs prix.

En d’autres termes : la perception d’une inflation rampante pousse les acteurs à agir dans le sens de l’inflation, à vouloir davantage d’argent. C’est normal.

Or, les augmentations de salaires font grimper les coûts des entreprises, les coûts sont répercutés sur les prix, et la hausse des prix fait craindre une inflation durable donc les ménages achètent maintenant ce qu’ils voulaient acheter dans quelques mois. Et vont demander plus d’argent pour maintenir leur train de vie, et ainsi de suite.

On a deux effets psychologiques pervers qui jouent à plein : d’abord, le thermomètre qui donne la fièvre, car l’inflation annoncée fait grimper l’inflation… puis, le cercle vicieux qui s’autoalimente, car + d’inflation = + d’inflation.

Tout le monde sait que l’inflation n’est pas infinie… mais chacun veut en souffrir le moins possible, et donc remet une pièce dans la machine en espérant que son salaire montera plus vite que les prix pour s’acheter un nouveau lave-vaisselle sans souffrir de la hausse des coûts de production. C’est aussi bête que ça.

Comment tout ça va finir

Dans les années 70, Nixon a voulu endiguer l’inflation en contrôlant les hausses de salaires et de prix – et ça n’a pas marché.

Son successeur, Gerald Ford, a tenté une grande campagne de communication pour inciter le public à limiter ses dépenses et à se discipliner pour, tous ensemble, calmer l’inflation – ça n’a pas marché non plus.

L’inflation aux USA, le siècle dernier, a duré de 1965 au début des années 80, jusqu’à ce que le patron de la FED ne monte les taux d’intérêt jusqu’à 20%.

Ce qui, vous vous en doutez, a entraîné une grave récession

La conclusion est claire : que l’inflation continue ou qu’on la stoppe brutalement, elle apparait souvent comme un péché d’hybris, qu’il faudra payer d’une façon ou d’une autre.

Mon travail, c’est de vous aider à ne pas être celui qui règlera la note.

Amicalement,

Marc Schneider

PS : la mégatendance de la décennie, c’est le Metaverse. Cette société, qui construit littéralement son ADN, constitue une opportunité de gain considérable. Si vous voulez vous protéger contre l’inflation rampante, c’est une option en or.

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Rita NTOUTOUME
Rita NTOUTOUME
1 mois il y a

Bonjour, c’est exactement la réalité. Merci beaucoup. Excellente journée

Nono
Nono
1 mois il y a

Simple et clair! Hélas…

Adam
Adam
1 mois il y a

Très intéressant.
Merci pour votre analyse.